Saturday, August 13, 2005

Encore aujourd'hui



1

Encore aujourd'hui

Je songe à elle,

Éblouissante avec ses guirlandes de fleurs de campaka,

Son visage pareil au lotus épanoui,

À sa taille, une mince ligne de duvet,

Le corps frémissant de désir au sortir du sommeil -

Ma bien-aimée –

Sortilège

Dont, par ma folie,

J'ai été dépossédé!




2

Encore aujourd'hui

Si je revoyais

Ma bien-aimée

Au visage semblable à la lune en son plein,

Riche de sa jeunesse fraîche éclose,

Aux seins gonflés,

À l'éclatante beauté,

Au corps torturé par les ardentes flèches de l’Amour,

Ce corps, je saurais aussitôt comment le rafraîchir!




3

Encore aujourd'hui

Si je revoyais

Mon aimée aux yeux de lotus,

Lasse du fardeau de ses seins trop lourds,

Je la serrerais dans mes bras

Et, tel un fou,

Boirais sa bouche,

Comme l'abeille, de tout son soûl,

Boit le lotus.



4

Encore aujourd'hui

Il me souvient d'elle

Dans l'amour,

Le corps alangui, sans force:

Sur ses joues pâles tombe l'essaim de boucles de sa chevelure

Et, comme pour contenir en nous le secret de notre faute,

Les tendres lianes de ses bras s'enlacent à mon cou.




5

Encore aujourd'hui

Il me souvient

Dans nos veillées d'amour

De ses grands yeux

Aux prunelles enjouées et frémissantes.

Ô mon oie sauvage,

Dans l'étang de lotus de l'amour,

Qui, par pudeur,

À l'aurore,

Courbe la tête.




6

Encore aujourd'hui

Si je revoyais

Ma bien-aimée aux longs yeux,

Son corps mince en proie à la fièvre d'une longue séparation,

Alors je l'enlacerais étroitement,

Je fermerais les yeux

Et jamais plus je ne la quitterais.




7

Encore aujourd'hui

Il me souvient d'elle,

De notre danse d'amour tenant les rênes,

Belle comme la lune en son plein,

Son corps mince éperdu de désir

Ployant sous le faix de ses larges hanches et de ses seins,

Drapée dans les mouvants faisceaux de sa chevelure.





Poèmes d’un Voleur d’Amour, attribués à Bilhana, traduit
du sanskrit par Amina Okada, Gallimard, 1988